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17 juillet 2009

Spirale infernale.

Deux mille neuf est une année scientifique.  Malraux doit se retourner dans sa tombe, sans cesse ; la spiritualité nous a filé entre les doigts. Qu'importe ! Cette année, et donc cette note, sentiront l'éther et le scalpel. Découpons, analysons, étudions, théorisons, avec la vanité des philosophes, des cartésiens. Faisons fi de la religion, de la tendresse qui me pousse à oublier ce projet. Mais l'heure est venue, cette note m'est venue au réveil, rosée d'un rêve perturbant et froid.

Je parlais récemment, avec une consœur de cet éminent problème qu'est l'insatisfaction permanente des bloggeuses, et plus généralement de l'espèce humaine - cependant, nous nous en tiendrons à la première partie, beaucoup plus facile à découper.

[Cette note est dédiée à  une autre consoeur dont la rigueur mathématique et philosophique m'inspire, je dois l'avouer.]

Lesdites bloggeuses ont la peau douce, et si fine - comme leurs idées - qu'elle se déchire au premier coup de cutter. Pour protéger leurs envies, leurs rêves, leurs idées - si fines - des coups de rasoir du Destin, elles ont mis en place un mécanisme étrange d'éternelle insatisfaction. Certaines voudront aimer, d'autres mourir, parfois il s'agira d'un désir de chaque jour, chaque matin renouvellé, amplifié, compliqué : arrêter de se faire vomir, arrêter de se détruire, arrêter de...

En fait, nous ferons aussi l'impasse sur cette deuxième partie. Les désirs qui commencent par s'arrêter de sont spécifiquement irréalisables. Afin d'expliciter le développement de cette insastifaction nous nous appuyerons sur un exemple, que nous appelerons T. T. est doucement folle, mais surtout très perdue. Afin de s'en sortir elle a décidé de s'inventer un rêve, pas un vrai rêve, plutôt un désir, persistant, sans raison d'être. Aimer K. Vous vous demandez pourquoi c'est sans raison ? C'est simple, pourtant. Cherchez. Il ne l'aime pas. Non pas qu'il soit avec quelqu'un d'autre ; simplement, il trouve hors de propos une telle passion, sans racines.

T. décide qu'elle aime K., une grande partie du temps. K. est lui aussi un peu bloggeur, et donc, passablement perdu et malsain. Cependant, plus raisonné que sa camarade joyeusement dépressive, il a jusque là, éviter de rencontrer T. Voir K. devient donc rapidement l'obsession de T., elle focalise sa petite conscience dans la sublimation de ce garçon dont elle ne sait rien qu'une poignée de lignes - écrites dans le seul espoir de séduire un public dont elle réprésente le coeur de cible.

On a donc un projet, qu'on appelle A. Le public, à cet instant, s'arrête sur place, se regarde dans le reflet de l'écran et se demande : "Pourquoi elle va pas l'voir cette conne ?" ou "Pourquoi elle reste avec un con qui veut pas la voir ?". On pourrait le comprendre ; ou lui faire comprendre le danger d'une relation à distance avec une dépressive notoire que K. cherche à éviter à tout prix malgré la douceur de cette petite T. A est aisément réalisable cependant ; il suffit d'un billet de train et d'un effort de volonté. Mais pour ne pas être déçue - ce qui serait irrémédiable, la déception succèdant à toute passion - notre bloggeuse ne vas pas chercher à donner vie à son projet. Elle va s'acharner, au contraire, à la rendre imperméable à la réalité.

On pourrait ici mettre en cause des pans entiers de bibliothèque. Combien d'héroïnes préfèrent une souffrance latente à une défaite franche ? Combien cherchent à gâcher, à échoué, leurs histoires, avec le même acharnement que celui qui veut les réussir ? On pourrait accuser Anna Karénine, en première ; et bien d'autres, plus moderne à sa suite. La mort ne vient qu'après un long désèchement des mains. Et le désespoir est la première source de ses chaudes larmes que T. aiment à cracher, son téléphone dans une main, une cigarette light dans l'autre.

A cet unique instant, une boucle se glisse. Ou plutot, on se glisse dans une boucle.

Imaginons soudain, K., pris d'un élan de passion, de tendresse, qu'importe, qui prend son téléphone dans une main - un joint dans l'autre - et qui lui propose une rencontre. L'idée peut paraitre incongrue mais vous verrez plutot, au chapitre des études cliniques, que cela arrive plus souvent qu'on ne l'imagine. Le rêve de T. est en péril. Elle sait qu'elle ne séduira pas K., elle imagine même qu'il ne lui plaira pas. Dans un élan de conscience, elle se déclare à elle-même : "Je l'aime bien, je crois, vraiment, mais je ne peux pas quand même le laisser accèder à mes désirs qui perdraient aussitôt toute leur valeur. Ma vie serait vide ; ruinée, à nouveau, en quelques sortes." (1)
On pense, parfois, que cette pensée est malheureusement totalement occultée par le sujet. On notera par ailleurs le style étrangement emphatique.

Afin donc de rendre, son désir irréalisable, elle se protégèra donc derrière un nouveau désir, B, pas plus irréalisable en soit que le premier, mais le conditionnant.
Ici, on dira que B implique A. Tant que B est irréalisé, A est irréalisable.

Elle peut à cet instant inventer tout ce qui lui passe par la tête. Elle commencera évidemment avec un désir sans queue ni tête, comme exiger de savoir ce que désir K., qui n'attend rien de tout ça. Elle peut demander des garanties d'une chose ou d'une autre, exiger un lieu, un jour, le plus innacommodant possible. Elle n'hésitera pas à se compromettre, son seul objectif étant de ne jamais réaliser A, d'en faire son insatisfaction parfaite et éternelle. Si K. la repousse, elle saura réduire B., elle ne demandera qu'à être rassurée ; si K. est tendre avec elle, elle lui reprochera le passé, exigent de la cohérence, ou une preuve de changement.

Reprenons notre exemple.
Admettons que K., poussé par une passion soudaine ait décidé d'accepter de la voir ; celle ci en profite pour se rapprocher, mais refuse à nouveau de le voir ; elle désire de la douceur et de la confiance. K. continue donc ses efforts, il la met en garde contre lui et ses passions/pulsions ; elle y croit - à raison - et demande, cette fois, - que dis-je, exige ! - un café et de la bonne humeur, une longue discussion dans un parc innaccessible, peu importe, elle cherche à le faire fuir, mais il s'accroche, et résiste, désireux de démonter cet immonde manège.

On a donc, une boucle.
Tant que A est irréalisable,
On attend B. B impliquant A.
Si B est réalisable, A l'est.
Avant que A ne soit réalisé,
On créé une envie C tel que
C implique B qui implique A.

Le mécanisme devient infini. A C succèdent D, E, F. On remarque que T. devient fuyante, perdue entre l'envie de réaliser l'envie première et cette voix dans sa tête - (voir 1) - revient aussitôt ; évitant l'effondrement au dernier moment, elle s'invente une nouvelle envie ; ôtant cette fois à K. toutes ses chances et nous évitant une plongée dans le terrible paradoxe de l'infini. Sa dernière envie n'est pas à proprement parler une nouvelle envie ; c'est un devoir qu'elle s'invente pour couper à tout ceci. "Je ne peux pas, je dois voir Q."

Tout est fini pour K., qui lassé, énervé, retrouve sa colère de T. ; qui, quant à elle, se trouve heureuse d'avoir fait réalisé une partie de ses envies ; elle s'imagine l'aimer encore plus fort ; l'envie A n'en devient que plus grande. K. ne le sait pas, mais il sera désormais encore plus difficile de fuir T. ; ses efforts se retournent contre lui. Personne n'échappe à la spirale démoniaque des bloggeuses. Il s'en rend compte, trop tard ; sa haine déborde, il devient passablement blessant.

Elle s'en glorifie, ouvre délicatement sa peau fine et douce ; un instant, elle est cette héroïne tournmentée. Elle s'endort dans d'autres bras ; elle rêve aux trains qui lui rouleraient dessus, pour l'éternité.

Posté par Flusch à 17:28 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    c'est bien aussi ici !
    reviens !

    Posté par I<3RC, 03 février 2010 à 18:05

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